Quelles sont les difficultés rencontrées par les investisseurs chinois en France (suite)?

Maintenant on parle de quelques difficultés rencontrées par un investisseur chinois en France, liées cette fois plutôt aux caractères particuliers des entreprises françaises :

1) Compréhension limitée du marché chinois : certaines PME françaises veulent profiter du marché chinois mais sans jamais aller sur place ou faire une étude de marché fiable, leur lecture de la Chine est basée sur les reportages et les articles des médias traditionnels français, assez généraliste et peu de substance pour leur secteur. Elles ne demandent pas non plus l’avis des spécialistes par un sentiment de suffisance ou par manque de moyens financiers, la conséquence est que ces entreprises finissent par former une vision erronée sur la situation réelle de l’investissement chinois et ratent ainsi leurs investisseurs pertinents;

2) Excès de fierté et de confiance : avoir la confiance sur la supériorité de ses produits et ses technologies, c’est très bien, mais delà à avoir une attitude arrogante dans les échanges avec son potentiel investisseur, en pensant que « le bon vin n’a pas besoin de brousse » ou que je suis le plus brillant de la planète, va créer des problèmes de communication. En fait, les investisseurs chinois sont aujourd’hui sollicités par nombreux projets de grande qualité venus du monde entier (je connais un investisseur dans le secteur de la Santé qui a reçu en 2015 centaines sollicitations de fonds : la plus part des projets soumis sont internationaux et ayant une technologie avancée ou innovante, son PDG était constamment en déplacement entre la Chine, les États-Unis, l’Europe et l’Israël), le taux élevé de sollicitation les rend ainsi exigeants et parfois difficiles. Si une entreprise française persiste sur son style de diva, elle dissuadera un bon investisseur chinois à poursuivre son projet;

3) Trop d’insistance sur le rigueur professionnel et le rationalisme : l’esprit cartésien à son extrême entraîne parfois le malentendu même la malaise de l’équipe chinoise : en raison de la différence environnementale et culturelle, ajoutant la manque d’expériences M&A internationales, les entreprises chinoises ont la tendance de croire plutôt leur intuition et leurs observations concrètes du terrain au lieu de se conformer aux méthodes abstraites et à la procédure, elles ne sont pas très alaises non plus avec le style de négociation occidentale, à savoir que l’on imagine, dès le début d’une collaboration, une série de situations difficiles et probables, signe rapidement par la suite les dispositions légales correspondantes pour se protéger de tout cela. Tout au long de la mise en place de son projet, un investisseur chinois adopte volontiers une façon de faire très différente de la notre, décrite si bien par un proverbe chinois « On traverse la rivière en tâtant les pierres » : pour un chinois, l’essentiel est d’être capable d’ajuster continuellement et rapidement ses actions en fonction de la réalité du moment;

4) Refus du rendement à très court terme, souvent considéré comme l’un des objectifs importants par un investisseur chinois : certaines entreprises françaises espèrent renforcer le positionnement de leur marque et étendre leur marché vers la Chine grâce à un financement chinois, elles ne cherchent pas forcément les bénéfices immédiates, même se méfient de ceux qui veulent un rendement rapide par peur de faire venir des opportunistes qui entrent au capital seulement pour encaisser très vite le profit et partiront aussi tôt au détriment des intérêts à long terme de l’entreprise: ce décalage de pensée pointe en effet l’une des différences importantes entre les deux cultures d’affaires, et les nombreuses entreprises françaises ont encore du mal à apprécier le ROI rapidement voulu par leur potentiel actionnaire chinois;

5) Méfiance de cadres supérieurs par rapport aux intentions de l’investisseur chinois : la Direction d’une entreprise française peut avoir la crainte qu’une fois l’investisseur chinois est devenu l’actionnaire majoritaire, il volera les technologies et chassera l’équipe dirigeante actuelle. Avec cette idée consciemment ou inconsciemment en tête, le patron exécutif peut parfois faire obstacle dans le processus de négociation avec la partie chinoise;

6) Communication et fonctionnement inadaptés : par exemple, lors d’une réunion avec les Chinois, un participant français tente habituellement à contrôler l’ensemble de la situation et se comporte assez offensif, il n’hésite pas à entrer dans un débat tac au tac et même émettre ouvertement l’avis négatif à propos d’une idée exprimée par la partie chinoise, tout cela peut embarrasser les participants chinois car dans leur culture, c’est primordial de faire en sorte que son interlocuteur ne perd pas la face devant un groupe, surtout si le grade du concerné est plus élevé. On a aussi évoqué précédemment que la façon de faire d’un chinois peut paraître sans logique et sans ordre aux yeux d’un français, réputé pour aimer à maitriser la situation, et le rend inconfortable.

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