Quelles sont les difficultés rencontrées par les investisseurs chinois en France ?

En fait, à part quelques grands groupes habitués aux transitions Fusac à l’étranger et disposant des ressources internationales, le taux de réussite des investisseurs chinois en France est encore assez bas. Avec mes propres expériences dans ce domaine, j’ai observé quelques principales raisons du côtés des acteurs chinois (pour les acteurs français, ce sera un autre sujet) :

1/ Connaissance limitée de l’environnement et de la procédure d’investissement en France sans aide locale appropriée : certains maîtrisent mal les étapes clés,  leur ordre dans le processus, les documents nécessaires à produire pour clôturer chaque phase et le timing, surtout quand il y a une bonne affaire (par exemple, investir dans une entreprise saine mais dans une période de redressement judiciaire à cause de liquidité) ou une ressource rare à saisir, où le potentiel acheteur doit maîtriser bien la vitesse de la réaction du marché, la procédure et l’agenda juridiques en cours afin de saisir sa chance à temps, mais souvent un décideur chinois connait mal tout cela et prend sa décision trop tardivement;

2/ Manque d’expertise technique sur les opérations capitalistiques internationales et instabilité au niveau de suivi : on trouve régulièrement des entreprises primo-investisseurs ou des fonds d’investissement récemment créés voulant profiter de cette mode d’investissement en Europe, qui prennent déjà un temps non-négligeable pour traduire la documentation de base souvent écrite en anglais (y compris les documents juridiques) et cherchent à comprendre et valider le contenu, par conséquent, ce temps perdu ajoutant l’hésitation même une certaine peur légitime du débutant, fait perdre de bonnes opportunités. Par ailleurs, le fait d’avoir un engouement sur l’investissement à l’international mais encore trop peu de ressources expert sur le marché chinois, l’homme ou l’équipe clé d’un projet d’investissement en cours peut être chassé et partir, à tout moment, chez un concurrent;

3/ Les procédures gouvernementales chinoises pour l’approbation et le contrôle de flux financiers vers l’étranger ne sont pas encore standardisés et stabilisés : les entreprises chinoises n’ont pas forcément une grande visibilité sur leur planning d’investissement, cela est dû au fait que la réglementation en la matière est régulièrement enrichie et ajustée (un de mes clients a dû subir un double passage dans la procédure d’approbation pour son virement vers la France à cause du mouvement de la lutte contre la corruption);

4/ Certains investisseurs chinois pensent qu’il suffit d’avoir de l’argent pour que tout soit réglé facilement, ils tentent de garder leurs pratiques habituelles dans l’environnement des affaires français (chiffres peu précis, changement de dernière minute, volonté de contourner et raccourcir la procédure, présentation floue, opaque et non centrée sur l’essentiel, etc.), cela aboutit finalement à un échec pour des raisons techniques ou culturelles;

5/  Peu de rigueur dans le choix de l’intermédiaire : l’intermédiaire en investissement, surtout celui qui est capable d’opérer des transactions financières (par exemple, banque d’investissement), est un métier très professionnel et hautement qualifié, il a besoin d’un numéro d’agrément délivré par ORIAS pour exécrer sa fonction. Confier ce rôle au « cousin du beau frère d’un ami », quelqu’un de ses propres réseaux, c’est peut-être plus rassurant aux yeux d’un chinois et aussi une manière de renvoyer l’ascenseur, mais si la personne en question n’est pas un vrai pro, même avec toute bonne volonté, elle ne sera pas efficace, pire encore, elle peut entreprendre des actes hors de loi sans savoir;

6/ L’attitude de « traverser la rivière en tâtant les pierres » et d’ « apprendre à nager en nageant », sans but précis à court terme :  il existe ces entreprises qui cherchent simplement connaître le marché et collecter des informations utiles pour préparer un objectif plus long terme (c’est un peu comme sur le marché immobilier, on peut rencontrer ce type de personne aimant visiter les appartements en vente sans jamais faire un achat réel). Peu d’entre eux profitent aussi des pratiques usuelles dans le métier (par exemple, l’intermédiaire ne touche sa rémunération que si la transaction est réalisée) pour obtenir d’informations et de services gratuits sans pour autant donner la suite.

Vous pouvez me contacter pour continuer notre échange si ce sujet est au coeur de vos préoccupations et vous souhaitez savoir plus sur ce thème.

Consulter l’article en ligne depuis LinkedIn