Quelques observations et réflexions suite à la visite du président Xi Jinping en France

Emmanuel-Macron-Xi-Jinping-Paris-24-au-26.03.19

A l’occasion de la visite officielle du Président chinois Xi Jinping en France, mes amis français m’ont demandé mes points de vue sur la situation et surtout la perspective de la relation franco-chinoise.

C’est un sujet complexe, je ne peux livrer ici que quelques briques de mes observations et réflexions à chaud :

1er constat l’attention et l’importance accordées par les médias français sur la visite du président Xi ont battu le record : pour la première fois, presque tous les grands médias français ont couvert l’actualité et diffusé les émissions/éditions spéciales… Le Figaro et quelques autres journaux ont même publié les articles de communication provenant des sources chinoises. On le veuille ou non, la Chine est entrée plus massivement dans le paysage politico-économique de la société française dont le destin semble lié de plus en plus à ce géant de l’Est, puissant mais en même temps si éloigné de notre culture.

2ème constat les français ont rendu compte plus clairement une réalité pas forcément agréable : la Chine est en train d’affirmer sa puissance et de devenir le concurrent de taille malgré parfois l’allié (par exemple Cop21) de la France, et ce à l’échelle planétaire, les différents domaines économiques et politiques étant concernés : ressources naturelles, télécom (5G par exemple), aérospatiale, TGV, éducation, rôle dans la gouvernance mondiale et en Afrique, idéologie, modèle social… Les français ont un sentiment légitime de l’inquiétude même de la peur devant un avenir qui risque de s’échapper de leur propre maitrise.

3ème constat l’Union Européenne est plus que jamais divisée face au projet de la nouvelle route de la soie chinois, par rapport auquel, les différentes positions prises sans concertation par les pays membre (par exemple Italie) la fragilise et révèlent encore une fois la faiblesse de l’UE dans son architecture actuelle.   

Alors, qu’est-ce que les entretiens entre le président Xi et les chefs d’État français-européens nous réservent ? Pour les français, Faut-il avoir peur de la Chine ? Que faire face aux changements de ce monde ? Et pour les chinois, Comment réagit-on devant cette méfiance des occidentaux ?

Pour moi, la réponse est déjà bien faite par cette phase : nous ne voulons ni peur, ni guerre froide ni naïveté !

Je pense qu’au lieu de passer son temps à décrypter l’ordre de visite des 3 pays du président Xi et à comparer les chiffres des contrats signés avec chacun d’eux (ces symboles ont bien sûr leur importance dont on peut parler pour une autre occasion) ou à critiquer la Chine dont le fonctionnement est indépendant de la volonté des français, il vaut peut-être mieux l’étudier, la comprendre [1] et puis concentrer les forces européennes/françaises sur la recherche des stratégies à court, moyen et long termes afin de rendre l’Europe et la France plus offensives pour tirer le meilleur profit de la réalité du monde et préparer un avenir qu’elles souhaitent… L’Europe et la France peuvent être le leader global et influentes que si elles restent soi-même suffisamment fortes.

Le sentiment de la peur de la Chine ne sert rien non plus surtout si le sujet est abordée d’une manière peu constructive parfois manque d’objectivité : j’ai entendu le reproche fait sur une liaison ferroviaire Europe-Asie car le train chinois arrive en Europe avec toujours ses wagons pleins de marchandises mais repart en Chine souvent presque vide. L’exploitant chinois de la ligne cependant regrette qu’il y a encore trop peu de marchandises exportés vers la Chine à charger en Europe et cela rend son business difficilement rentable.

Par ailleurs, une partie de la peur est plutôt alimentée par l’imagination, la mauvaise compréhension et l’inquiétude sur une culture étrangère, même opposée de la nôtre mais devenue puissante, phénomène physiologique compréhensible [2].

D’origine chinoise, je connais intimement bien ce peuple: ils sont physiquement et culturellement plus défensifs par rapport aux occidentaux (par exemple la construction de la grande muraille au lieu du canon). Un père de famille chinois a exactement le même rêve qu’un père français, c’est-à-dire, avoir un foyer heureux, une carrière prometteuse, un accès à la meilleure éducation pour ses enfants… Mais chacun doit s’accommoder avec son propre environnement : géographie, climat, ressources, culture, histoire, croyance, système politique, modèle et richesse de la société… Sans prenant compte les spécificités locales, on va avoir tout simplement la difficulté pour survivre : mon amie suisse, très bien élevée, a fini de donner des coups de coude pour monter dans un bus bondé de monde à Pékin, pendant les années 80, après avoir raté la 5ème tentative en voulant rester polie avec l’élégance de « after you ».

Dans le pire cas, admettons que la Chine veut imposer un model du monde que les français ne veulent pas, pourtant c’est avec les stratégies et les actions, mais non les critiques peu constructive et l’attitude négative qu’ils peuvent prendre en main leur destin. Les français doivent aussi être capables d’oublier un peu leur passé glorieux et de laisser leur habitude de rentier. La montée en puissance de la Chine de ces dernières décennies est en soi une très bonne leçon à tirer : depuis mon arrivée en France il y a presque 26 ans, c’est la première fois où l’arrivée d’un chef d’État chinois a provoqué un tel intérêt et une médiatisation massive, la raison derrière cet engouement est précisément la puissance et le poids politico-économique même de la Chine d’aujourd’hui dans les affaires internationales : après 40 ans de travail acharné sous les plans stratégiques successifs implacables, la Chine est redevenue l’un des premières leaders mondiaux.

Quant aux chinois, leur posture de challenger, les changements ainsi provoqués et surtout le manque de compréhension des français sur un modèle de la société différent ont suscité les craintes légitimes. Concrètement, pour réussir une relation de partenaire entre l’Europe/la France et la Chine au niveau d’affaires, ils doivent s’efforcer de faire preuve de la pédagogie et de l’empathie (mettre à la place de l’autre pour expliquer leur initiatives et projets, démontrer la sincérité de win-win…), de la transparence (communiquer la cohérence entre les paroles et les actes…), de la ouverture (être le multilatéralisme de fait, s’adapter aux autres, évacuer son sentiment de revanche, si naturel soit-il…)…

[1] L’art de la guerre de Sun Tzu : on ne peut gagner que si on connait parfaitement son adversaire.

[2] Selon Coface, l’indice du risque pays de la Chine et du Brésil est au même niveau, pourtant un expatrié français est normalement plus alaise au Brésil qu’en Chine grâce à une proximité culturelle.

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