Panorama des InsurTechs en Chine – Parties 3-4 : quels sont les challenges majeurs à l’avenir et comment préparez-vous ?

161223-robotic-process-automation-get-started

Entretien avec CEO du Centre d’Innovation et d’Incubation du Groupe China Pacific Insurance (3ème assureur chinois)

Q : Selon vous, quels sont les challenges majeurs pour les acteurs du secteur de l’assurance en Chine ?

R : Pour moi, le chalenge le plus important ne viendra pas de la technologie mais du business model même de l’assurance actuelle. Selon le loi de Moore, l’évolution de la puissance de calcul des ordinateurs et de la complexité de matériels informatiques devient de plus en plus rapide. Dans ce contexte, le model de l’assurance classique est en face à une mise à niveau majeure même une disruption dans certains domaines. Concrètement, je reprends l’exemple de l’assurance Vie, en Chine, le modèle de base d’aujourd’hui est encore de vendre les produits via les agents, de ce fait, le processus de commercialisation d’un produit est involontairement ou volontairement assez complexe et non standardisé, un entretien en tête à tête avec un agent semblant une étape incontournable. Le problème est que les millénials (nés après les années 85 et natifs de l’internet-mobile) vont devenir rapidement les principaux clients de l’assurance, et pour cette population, la communication avec l’autre passe essentiellement par le monde virtuel du Net et ils n’aiment pas, même peuvent être hostiles, à une communication physique en tête à tête avec un agent traditionnel, considérée obsolète et peu efficace. Donc, les évolutions et les défis dans le développement de l’assurance Vie à long terme sont les vrais enjeux pour nous tous : on peut imaginer une mise à niveau majeure même la subversion du model de distribution actuel, cela veut dire, de la communication physique entre un agent et un prospect à l’interaction entre un prospect et un robot conseiller qui prend en charge de toutes les activités de base (collecte d’informations, proposition de couverture, conseil intelligent…), le vendeur n’assurant que la conclusion du contrat. Même si un vendeur doit communiquer avec un prospect en mode offline, il pourra également être supporté par des outils technologiques comme AR/VR afin de l’aider à aboutir sa vente. Pour aller plus loin, la complexité du produit même peut aussi être mise en cause, pourquoi construire un produit si compliqué ? Y a-t-il un sens ? Hausser les barrières d’entrée ? Rendre la comparaison plus difficile ? Le modèle actuel pourra-t-il tenir encore 5 ans, 10 ans ? 30 ans ? Avec le changement de comportements de potentiels acheteurs d’une part et le progrès et la proposition de nouvelles technologies arrivant à la maturité d’autre part, l’évolution douce ou dure du modèle business de l’assurance Vie est inévitable. Un autre exemple sur l’assurance Santé : à terme, la gestion de la santé, notamment la santé de retraités, l’utilisation de l’IoT (connexion avec les objets embarqués sur le corps d’une personne âgée, par exemple) et l’utilisation de la technologie des gènes seront intégrées complètement dans un système interconnecté, le prix d’une telle assurance ne sera plus calculé comme aujourd’hui par le loi de grands nombres mais « le loi de moyens et petits nombres » grâce à la collection complète des données historiques très précises et personnalisées d’un assuré. Plus précisément, le tarif et la prestation d’un contrat Santé seront calculés sur une base de données personnelles de l’assuré et les prédictions intelligentes (Big Data, IA) : ADN, profession, indices collectées dans l’habitat et sur les objets de mesure embarqués sur le corps de l’assuré… L’un des chalenges à l’avenir est comment vendre un contrat d’assurance Santé en prenant compte le fit entre le contrat, la gestion de la santé et les services de santé à valeur ajoutée. Le dernier exemple est dans le domaine de l’assurance Auto, à propos de la voiture sans conducteur et de l’internet des automobiles : à mon point de vue, l’assurance Auto sans conducteur va devenir purement un contrat avec le constructeur automobile, et sur le marché chinois, ce type de vente a été déjà commencé…Encore une fois, le changement dans toute branche principale de l’assurance sera inévitable avec l’utilisation de plus en plus massive des InsurTech sur toute leur chaîne de valeur : actuariat, conception de produit, model de distribution…

Pour finir, il faut savoir que l’assurance est présente dans presque tous les secteurs d’activités économiques et nous devons nous adapter aux changements technologiques ou autres de tous ces secteurs et constamment. A titre d’exemple, l’évolution du secteur automobile comme voiture sans conducteur nous force à trouver des solutions répondant à ce nouveau besoin. Pour un grand assureur comme nous, notre fixation n’est pas sur notre survie à court terme mais le développement durable de notre business à long terme. Dans le contexte actuel, notre recherche n’est pas focalisée non plus sur les innovations visant à une évolution technique continuelle mais la création de solutions discontinues et disruptives, cela veut dire ouvrir un autre champs de bataille (ou dit Greenfield) sans forcément en rapport avec l’existant. Pour moi, c’est primordial d’avoir cet état d’esprit afin de ne pas être dépassé le moment venu, sachez que, comme j’ai déjà évoqué, un outsider comme pur player technique d’aujourd’hui pourra également devenir notre concurrent de demain.

Q : Tout ce que vous venez de décrire est en effet impressionnant, et cela m’a amené à vous poser la question suivante : Comment structurez, enrichirez et coordonnez-vous au niveau de l’organisation et des ressources humaines afin de répondre à tous les innovations disruptives du métier et à tous les challenges technologiques d’aujourd’hui et de demain ?

R : Chez Groupe China Pacific Insurance, nous avons créé ce centre d’innovation et d’incubation, attaché directement au Comex avec un financement dédié : la structure est entièrement spécialisée dans la recherche de nouvelles idées et solutions pour réussir un développement durable. Les résultats de recherche peuvent être incubés et intégrés par la suite dans le cycle de production du Groupe.

Quant aux ressources humaines Insurtech, du côté technique, il ne manque pas en Chine les spécialistes internet, internet mobile et R&D des systèmes assurantiels même s’il y a toujours de mouvements dans les deux sens avec les grands acteurs de l’internet et de l’internet mobile. Néanmoins, plus on va vers les technologies récentes, plus les ressources deviennent rares : il y avait une période, les compétences Cloud Computing et Big Data ont été très recherchées, mais il y a déjà moins de problème aujourd’hui, en effet, le marché sait s’auto-réguler selon les besoins, et le cycle de formation de nouvelles technologies n’est pas très long pour un ingénieur informatique de base. Par exemple, il y a encore quelques années, la compétence Java a été très recherchée avec une offre de rémunération attractive, aujourd’hui, le spécialiste Java est déjà banalisé, la situation est similaire sur les ressources de Cloud Computing et de Big Data, devenant de moins en moins critiques avec un équilibrage retrouvé entre l’offre et la demande. Actuellement, le marché de l’IA est encore dans sa phase de bulle d’explosion et les spécialistes sont considérés comme ressource rare et recherchée (offre < demande), car dans le passé, la Chine avait très peu de formations spécialisées universitaires sur l’IA, laquelle devenant désormais la discipline de renseignement supérieur à la mode ce dernier temps. Le prix d’un spécialiste IA peut se négocier autour de 500K RMB (salaire de base annuel) et de 10 millions RBM pour le meilleur actuellement. Nous sommes aussi en train de recruter les talents IA dans le monde entier. Les ressources Blockchain sont également très recherchées actuellement sur le marché chinois. Quant à IoT, 5G, AR/VR et technologie génétique, etc., les assureurs sont plutôt utilisateurs de ces offres technologiques et n’ont pas besoin eux-mêmes des compétences au sein de leur entreprise.

Je suis convaincue que le marché est dynamique et toute demande de compétences sur les nouvelles technologies va finir par un équilibrage entre la demande et l’offre avec un peu de décalage, ce phénomène est également valable pour toutes les dernières technologies à venir comme Informatique quantique, jumeau numérique, etc.

Consulter l’article depuis LinkedIn