Courte série sur la communication interculturelle franco-chinoise (2) – Faut-il s’inspirer du management à la chinoise ?

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Initiative de la nouvelle route de la soie, plan de l’industrie 2025, lancement du plus grand réseau mobile 5G au monde, affirmation de l’investissement dans la technologie Blockchain… qu’importe que vous soyez enthousiaste ou inquiet de ce rythme de lancement et de la vitesse d’avancé des grands projets stratégiques du gouvernement chinois, une chose est certaine, c’est que les forces d’orchestration et de frappe chinoises sont à considérer sérieusement.

Revenons maintenant dans le monde de l’entreprise, voici en effet une question très intéressante à poser : Avons-nous quelques choses à apprendre du management à la chinoise ?

Ma réponse est évidement oui, et dans ce court article, nous n’allons nous focaliser que sur deux aspects suffisamment significatifs :

1.   Dosage et leviers distincts entre le long terme et le court terme :

La centralisation et la hiérarchisation fortes, deux caractéristiques typées de la culture chinoise[1], font que toute activité d’une entreprise chinoise vaut mieux coller au plus près aux plans quinquennats et directives régulières du gouvernement central qui a pour mission principale de designer, de lancer, de coordonner, de cadencer et de contrôler (souvent à postériori 秋后算账) des grands projets stratégiques nationaux à long terme (10 ans, 20 ans…), avec un énoncé structuré et claire. Cette logique de marcher dans les pas du gouvernement permet à une entreprise de profiter des contextes politique et juridique favorables même volontaristes (搭顺风车 prendre le train dans le sens de l’histoire) afin d’atteindre ses propres objectifs plus facilement et rapidement.

Au niveau des objectifs opérationnels à court terme (1-3 ans), les manageurs chinois adoptent un style de travail beaucoup plus souple et sans fixation sur les KPI préétablis. L’importance est l’ajustement en permanence du plan à exécuter par des petits touches/mouvements afin d’intégrer sans cesse de retours d’expérience venus du terrain. C’est pour cette raison qu’un manageur chinois peut parfois changer son avis à la dernière minute, une situation déroutante et déstabilisante aux yeux d’un manageur français.

L’avantage de cette combinaison « plans vigoureux centralisés à long terme vs. Interprétation souple et ajustements tolérés dans l’exécution à court terme » est qu’il prend mieux en considération de la réalité d’un monde économique d’aujourd’hui, de plus en plus complexe, changeant, incertain et souvent hors de notre propre contrôle, par conséquent, des adaptations de circonstance sont parfois inévitables, mais sans pour autant perdre de vue la vision, la conviction forte et certaine maitrise des objectifs ultimes à accomplir.             

La transition concrète entre un grand projet initié par les pouvoirs publics et son lancement opérationnel piloté plutôt par des acteurs économiques se matérialise souvent par une conférence de kick-off digne d’un grand show : sur la scène, les leaders politiques centraux ou locaux impliqués dans le projet sont soigneusement installés comme invité d’honneur, et ce dans un décor grandiose (projecteur géant, éclairage de scène, fleures…). Il faut souligner qu’en Chine, ce type de rituel a en réalité une signification plus importante qu’un français imagine, cette mise en scène est en effet une validation-démonstration officielle de la légitimité et des appuis politiques au projet et, par ricochet, une reconnaissance affichée des entreprises impliquées.

2.   Capacités d’écoute, de consensus et de synthèse

Une réunion de travail chinoise pourrait être plus pragmatique et productive qu’une réunion française : au moment d’entrer dans une salle de réunion, un manageur chinois a rarement une position ou une idée bien arrêtée à défendre, son objectif premier est d’écouter et de collecter activement les points de vue des participants et de réussir à trouver un consensus à la sortie, ceci étant, les participants de la réunion sont souvent soigneusement choisis par avance.

Une confrontation directe ou un débat ouvert devant un groupe de participants lors d’une réunion est quasiment impensable en Chine, les divergences, s’il en y a, sont exprimées principalement via le biais des discussions bilatérales avant ou après la réunion, un canal efficace pour prendre conscience de différents points de vue, tout en préservant la face d’un individu devant un groupe de personnes, une pratique tellement importante dans la culture chinoise.

En France, la réunion serait considérée plus tôt comme un ring de boxe, où on vient pour se briller, défendre ses idées et position, convaincre les autres et avoir finalement le dernier mot en utilisant parfois le rapport de force, une situation déroutante et déstabilisante, cette fois-ci, aux yeux d’un manageur chinois.

Sans parler l’efficacité à un certain degré d’un pourvoir centralisé, l’agilité opérationnelle des chinois reconnue par tous n’est pas un pur hasard : pragmatique, capable d’écouter, d’observer finement et de comprendre réellement ce qui se passe, les besoins et la psychologie des gens du terrain, un manageur chinois a peu de fixation sur les objectifs, le planning intermédiaires abstraits ou figés. Il faut aussi ajouter, par ailleurs, qu’un manageur chinois est souvent influencé, consciemment ou inconsciemment, par les pensées stratégiques et tactiques traditionnelles chinoises comme l’Art de la Guerre de Sun Tzu, etc.

Pour finir, un manageur chinois est plutôt doué pour une réflexion en globalité[2], un trait typique de la culture chinoise. Il est souvent un généraliste, mais assez ouvert et curieux de connaitre d’autres disciplines. Il a une forte capacité de transversalité et d’adaptation, peut faire une synthèse relativement aisée sur un sujet cross-discipline ou cross-secteur. Il considère aussi que ses propres savoirs peuvent avoir certaines limites, donc agit en profil bas et puise ses forces plutôt dans son groupe d’appartenance.


[1] Il y a une similitude dans la culture française, mais avec un degré différent.

[2] Contrairement à la pensée occidentale très structurée, logique et compartimentée, un chinois voit souvent la chose dans sa globalité et la fluidité des relations entre les différentes parties. Par exemple, dans la pratique de la médecine chinoise, on peut traiter un problème de cœur d’un patient par soigner ses pieds, pourtant sans rapport apparent avec le cœur.


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