Courte série sur la communication interculturelle franco-chinoise (4) – Port du masque dans des lieux publiques suite à l’arrivée du coronavirus (Codiv-19) en France

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Je suis sortie hier avec mon masque de protection dans le métro.

Par ma formation et mon métier, je suis plutôt quelqu’un analytique et nullement affolée par 6 cas de condamnation déclarés en France dont 5 à Paris.

Mais pourquoi fais-je ce geste ? Pour tout simplement montrer mon soutien moral à ces jeunes chinois vivant en France, notamment aux membres de mon association (Alumni de l’Université de FUDAN en France) dont beaucoup parmi eux étudient dans les excellents établissements d’enseignement supérieur français : Normal Sup, SciencesPo, X, HEC, etc. Mais ils sont jeunes, loin de leur cocon familial, ne parlent pas français pour certains, et depuis l’arrivée en France du coronavirus, très angoissés et même choqués, d’abord par la gravité et la vitesse de propagation de l’épidémie semblant encore incontrôlables, puis par deux cas circulés sur WeChat relatant que 2 jeunes femmes asiatiques portant de masque de protection ont été insultées et rejetées en France, l’une dans un train et l’autre dans un bus (l’info ou l’intox est à vérifier). La réaction de ces jeunes est sans aucune doute amplifiée par l’abondance d’informations véhiculées sans cesse par les médias et les réseaux sociaux.

Qu’importe le détail de cet histoire, pour moi, à travers cette crispation soudaine, c’est essentiellement la différence culturelle qui est en train de s’éclater d’une manière inattendue, très concrète et en plein jour. Par ce court billet, je souhaiterais adresser quelques messages en urgence à mes amis français et chinois.

Message à mes amis français

La situation de l’épidémie du coronavirus est assez grave en Chine, il y a une explosion de chiffres ces derniers jours. Les canaux officiels et d’expert chinois préconisent tous le port du masque même pour une personne en bonne santé dans un lieu où il y a une concentration de foule. Par ailleurs, cette pratique est loin d’être le cas isolé dans beaucoup de pays de l’Asie du Sud-Est pour des raisons diverses : densité de population, climat, environnement, habitude sanitaire, croyance…

Merci à vous de bien vouloir comprendre et accepter cette pratique pouvant être, dans les jours à venir, un peu massive et peut-être dérangeante à vos yeux. Sachez que la majorité des asiatiques est fortement influencée par une culture altruiste et de discrétion, a nullement l’intention de vous ennuyer si ce n’est pas un cas considéré grave. En plus, quelqu’un qui se protège par un masque vous protège ainsi davantage.

Message à mes amis chinois

Le système de la santé publique française est reconnu comme l’un des meilleurs dans le monde et la sinistralité en France est loin d’être comparable avec celle en Chine. Vous devez faire confiance aux consignes communiquées par l’autorité tutelle française et le port du masque par une personne en bonne santé dans un lieu publique n’est pas recommandé à ce jour.

La France a ses propres culture, coutumes, organisation de la société, critères de contrôle sanitaire… Vous êtes ici accueillis par ceux qui vivent sur cette terre depuis des générations et devez comprendre et respecter le style de vie français. Faites vos gestes d’intégration dans la mesure de possible (入乡随俗). Si vous avez besoin de porter un masque de protection, ceci n’est nullement interdit, soyez le plus discret possible et acceptez bien quelques réactions raisonnables (éloignement physique, surprise, etc., car dans la conscience collective française, c’est plutôt un malade qui doit porter un masque).

Quant à la réaction exagérée même raciste, si la circonstance vous permet et vous maîtrisez bien le français, soyez courageux de riposter immédiatement la provocation en parole et portez plainte si c’est nécessaire.

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Courte série sur la communication interculturelle franco-chinoise (3) – Ces détails à ne pas négliger si vous travaillez avec les chinois

Capture d’écran 2020-01-18 à 19.24.03Image : Fondation France-Chine

Une bonne communication interculturelle est l’élément fondamental pour réussir votre projet avec la Chine.

Le sujet mérite évidement un travail global, structuré, expert et permanent, dans ce court article, je vais vous citer 3 scénarios concrets pour illustrer la grande importance à ce propos:

1.    Choix de cadeau

Un homme d’affaires chinois est souvent une personne sensible aux signes symboliques et parfois superstitieuse.

A part les fameux chiffres 8 et 4 que tout le monde connait plus au moins [1], le choix d’un cadeau pour votre relation chinoise est aussi un moment délicat : certains objets de grande valeur aux yeux d’un français peuvent être mal perçus par un chinois, par exemple, une horlogerie. Je vous conseille de ne pas offrir, sauf exception, une horloge à votre interlocuteur chinois car les expressions « offrir une horloge »(送钟)et « accompagner quelqu’un à mourir » (送终) ont strictement la même prononciation dans le mandarin standard.

Par ailleurs, afin d’éviter la mauvaise surprise à cause de laquelle le recevant ou l’offrant de cadeau ou les deux risquent de perdre la face devant une assemblée, un chinois s’efforce de ne pas ouvrir son cadeau devant tout le monde.

Alors, quels sont les cadeaux qui font plus plaisir à votre interlocuteur chinois ? Cela dépend bien sûr du gout de chacun, mais généralement, un cadeau pouvant être servi comme une pièce de décoration prestigieuse dans son bureau ou le salon de sa maison est très apprécié, car votre ami chinois est toujours très content de pouvoir montrer à ses relations professionnelle et familiale une preuve matérielle de la reconnaissance de son partenaire français, et ce digne de son rang (pouvoir) et sa réussite.

2.    Comportement à table

Même si les mœurs d’affaires en Chine sont en train de changer avec l’arrivée de la nouvelle génération ayant un comportement plus internationalisé, il n’en reste pas moins que l’heure de table est un moment crucial pour tisser une relation de confiance réelle entre vous et votre relation chinoise.

A ce sujet, j’ai déjà publié un article il y a 2 ans intitulé Due diligence à la chinoise – Ganbei (干杯)lequel décrit très bien l’importance souvent décisive de cet instant « convivial » pour la suite de vos affaires.

3.    Échange par e-mail

Mes clients français constatent régulièrement ces deux situations extrêmes : le retour par e-mail de leur correspondant chinois peut être très rapide mais aussi très longue, parfois sans nouvelle. En réalité, on observe également ce type de comportement, avec quelques nuances, en France, mais le fait de ne pas maitriser les pratiques, les codes surtout les non-dits chinois peut perturber davantage un français.

Que s’est-t-il réellement passé derrière cette apparence ? Les raisons sont sans doute multiples. Du point de vue interculturel, je partage avec vous quelques décryptages :

D’abord, que signifie un retour très rapide ? Comme déjà évoqué dans l’un de mes articles précédents, un entrepreneur chinois a un esprit pragmatique et d’opportuniste, dès qu’il sent une affaire, dont la fenêtre de tir peut être parfois éphémère, il entre immédiatement dans l’action afin de saisir sa chance, pour le reste, il tente de « traverser la rivière en tâtant les pierres ». C’est pour cela, on a parfois l’impression que la partie chinoise veut boucler l’affaire en peu de temps et réagit extrêmement vite.

Et maintenant, que signifie un retour très long, même sans nouvelle ? Là encore, plusieurs pistes, non exhaustives, sont plausibles :

L’e-mail n’est pas un outil de communication préféré par les chinois. Dans un environnement d’affaires généralement moins structuré et mature qu’en France, le fait de tracer ses idées avant d’avoir bien compris la situation réelle (dits et non-dits) peut être dangereux et rendre le changement d’avis dans le futur plus difficile;

Il se peut que votre correspondant n’a pas complètement compris votre demande ou manque d’informations pour vous répondre, le fait qu’il revient rarement vers vous pour demander plus d’explication ou d’information par peur de perdre sa face, et qu’il est en même temps un peu fataliste, attend donc le meilleur moment pour réagir… Si vous êtes sûrs que votre correspondant est dans une telle difficulté, je vous conseille de prendre initiative pour lui proposer adroitement votre aide ;

A part le cas précédent où la partie chinoise considère qu’il faut réagir très vite (le décideur-même est souvent déjà dans le boucle dans ce cas), une entreprise chinoise, surtout publique, est encore plus hiérarchisée et cadrée par rapport à la France et la procédure de validation d’un mail sortant important peut être assez longue ;

Finalement, puisse que votre interlocuteur chinois a réagi parfois trop vite dans un 1er temps (le cas de « retour rapide »), il n’était pas en mesure, à ce moment-là, d’avoir vérifié tous les paramètres et les ressources nécessaires pour s’assurer de sa réussite (il s’était dit que « je verrai les détails techniques un peu plus tard »). Il avait en effet tenté de prendre l’affaire en main mais a été enfin échoué en face de la réalité, c’est peut-être pour cette raison il ne vous donne plus ses nouvelles…

Vous pouvez me contacter pour continuer notre échange si ce sujet est au cœur de vos préoccupations et vous souhaitez savoir plus sur ce thème 

[1] 8 est le porteur de prospérité et de richesse, mais 4 signifie la malchance. En fait, la prononciation en cantonnais du chiffre 8 est presque la même que celle de « la prospérité rapide » (发), de ce fait, les chinois adorent ce chiffre : 8ème étage d’un immeuble, numéro téléphone ou immatriculation de voiture comprenant le chiffre 8 peuvent se vendre plus cher, et plus le nombre de 8 est important, plus le prix est élevé. Quant au chiffre 4, pour la même raison de prononciation (identique que celle du mot « mort »), il vous faut tout faire pour l’éviter si vous devez réserver une chambre d’hôtel, une date de rencontre, etc. pour votre invité chinois.

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Quelle est la stratégie de partenariat entre une école de commerce française et celle de chinoise ?

Analyse et réflexion basées sur le cas d’HEC Paris en Chine

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Cet article a été publié par l’Ambassade de Chine en France (Services d’Education) mais seulement en version chinoise :

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Courte série sur la communication interculturelle franco-chinoise (2) – Faut-il s’inspirer du management à la chinoise ?

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Initiative de la nouvelle route de la soie, plan de l’industrie 2025, lancement du plus grand réseau mobile 5G au monde, affirmation de l’investissement dans la technologie Blockchain… qu’importe que vous soyez enthousiaste ou inquiet de ce rythme de lancement et de la vitesse d’avancé des grands projets stratégiques du gouvernement chinois, une chose est certaine, c’est que les forces d’orchestration et de frappe chinoises sont à considérer sérieusement.

Revenons maintenant dans le monde de l’entreprise, voici en effet une question très intéressante à poser : Avons-nous quelques choses à apprendre du management à la chinoise ?

Ma réponse est évidement oui, et dans ce court article, nous n’allons nous focaliser que sur deux aspects suffisamment significatifs :

1.   Dosage et leviers distincts entre le long terme et le court terme :

La centralisation et la hiérarchisation fortes, deux caractéristiques typées de la culture chinoise[1], font que toute activité d’une entreprise chinoise vaut mieux coller au plus près aux plans quinquennats et directives régulières du gouvernement central qui a pour mission principale de designer, de lancer, de coordonner, de cadencer et de contrôler (souvent à postériori 秋后算账) des grands projets stratégiques nationaux à long terme (10 ans, 20 ans…), avec un énoncé structuré et claire. Cette logique de marcher dans les pas du gouvernement permet à une entreprise de profiter des contextes politique et juridique favorables même volontaristes (搭顺风车 prendre le train dans le sens de l’histoire) afin d’atteindre ses propres objectifs plus facilement et rapidement.

Au niveau des objectifs opérationnels à court terme (1-3 ans), les manageurs chinois adoptent un style de travail beaucoup plus souple et sans fixation sur les KPI préétablis. L’importance est l’ajustement en permanence du plan à exécuter par des petits touches/mouvements afin d’intégrer sans cesse de retours d’expérience venus du terrain. C’est pour cette raison qu’un manageur chinois peut parfois changer son avis à la dernière minute, une situation déroutante et déstabilisante aux yeux d’un manageur français.

L’avantage de cette combinaison « plans vigoureux centralisés à long terme vs. Interprétation souple et ajustements tolérés dans l’exécution à court terme » est qu’il prend mieux en considération de la réalité d’un monde économique d’aujourd’hui, de plus en plus complexe, changeant, incertain et souvent hors de notre propre contrôle, par conséquent, des adaptations de circonstance sont parfois inévitables, mais sans pour autant perdre de vue la vision, la conviction forte et certaine maitrise des objectifs ultimes à accomplir.             

La transition concrète entre un grand projet initié par les pouvoirs publics et son lancement opérationnel piloté plutôt par des acteurs économiques se matérialise souvent par une conférence de kick-off digne d’un grand show : sur la scène, les leaders politiques centraux ou locaux impliqués dans le projet sont soigneusement installés comme invité d’honneur, et ce dans un décor grandiose (projecteur géant, éclairage de scène, fleures…). Il faut souligner qu’en Chine, ce type de rituel a en réalité une signification plus importante qu’un français imagine, cette mise en scène est en effet une validation-démonstration officielle de la légitimité et des appuis politiques au projet et, par ricochet, une reconnaissance affichée des entreprises impliquées.

2.   Capacités d’écoute, de consensus et de synthèse

Une réunion de travail chinoise pourrait être plus pragmatique et productive qu’une réunion française : au moment d’entrer dans une salle de réunion, un manageur chinois a rarement une position ou une idée bien arrêtée à défendre, son objectif premier est d’écouter et de collecter activement les points de vue des participants et de réussir à trouver un consensus à la sortie, ceci étant, les participants de la réunion sont souvent soigneusement choisis par avance.

Une confrontation directe ou un débat ouvert devant un groupe de participants lors d’une réunion est quasiment impensable en Chine, les divergences, s’il en y a, sont exprimées principalement via le biais des discussions bilatérales avant ou après la réunion, un canal efficace pour prendre conscience de différents points de vue, tout en préservant la face d’un individu devant un groupe de personnes, une pratique tellement importante dans la culture chinoise.

En France, la réunion serait considérée plus tôt comme un ring de boxe, où on vient pour se briller, défendre ses idées et position, convaincre les autres et avoir finalement le dernier mot en utilisant parfois le rapport de force, une situation déroutante et déstabilisante, cette fois-ci, aux yeux d’un manageur chinois.

Sans parler l’efficacité à un certain degré d’un pourvoir centralisé, l’agilité opérationnelle des chinois reconnue par tous n’est pas un pur hasard : pragmatique, capable d’écouter, d’observer finement et de comprendre réellement ce qui se passe, les besoins et la psychologie des gens du terrain, un manageur chinois a peu de fixation sur les objectifs, le planning intermédiaires abstraits ou figés. Il faut aussi ajouter, par ailleurs, qu’un manageur chinois est souvent influencé, consciemment ou inconsciemment, par les pensées stratégiques et tactiques traditionnelles chinoises comme l’Art de la Guerre de Sun Tzu, etc.

Pour finir, un manageur chinois est plutôt doué pour une réflexion en globalité[2], un trait typique de la culture chinoise. Il est souvent un généraliste, mais assez ouvert et curieux de connaitre d’autres disciplines. Il a une forte capacité de transversalité et d’adaptation, peut faire une synthèse relativement aisée sur un sujet cross-discipline ou cross-secteur. Il considère aussi que ses propres savoirs peuvent avoir certaines limites, donc agit en profil bas et puise ses forces plutôt dans son groupe d’appartenance.


[1] Il y a une similitude dans la culture française, mais avec un degré différent.

[2] Contrairement à la pensée occidentale très structurée, logique et compartimentée, un chinois voit souvent la chose dans sa globalité et la fluidité des relations entre les différentes parties. Par exemple, dans la pratique de la médecine chinoise, on peut traiter un problème de cœur d’un patient par soigner ses pieds, pourtant sans rapport apparent avec le cœur.


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Courte série sur la communication interculturelle franco-chinoise (1) – Comment concilier les démarches professionnelles différentes ?

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Dans un projet franco-chinois, je fais souvent ce constat :

Du côté français, on fait intervenir méthodiquement un professionnel pointu à chaque étape (étude de marché, business plan…), tout le monde s’accorde sur le fait que c’est une affaire de spécialiste, et la démarche doit être structurée…;

Du côté chinois, on suit plutôt un flair ou une vision et sent qu’il y a quelques choses intéressantes à faire, pour le reste, ce proverbe chinois décrit très bien la situation : 摸石子过河 (on traverse la rivière en tâtant des pierres), oui, le pragmatisme typiquement chinois.

Alors, comment pouvons-nous travailler ensemble, les français et les chinois ?

Quelques petits conseils non exhaustifs :

–       Rester vous-même mais être compréhensif et humble envers l’autre : les Chinois viennent jusqu’à vous, c’est parce qu’ils sont conscients des valeurs ajoutées de vos produits/services et veulent justement apprendre avec vous la façon d’y parvenir. Les Allemands ont bien compris cela, leur rigidité notoire ne les a pas empêché d’être le meilleur partenaire chinois en Europe (pendant ces 30 dernières années, leurs offres correspondent mieux aux besoins chinois, cela est un autre sujet) ;

–       Ne pas chercher à convaincre l’autre mais plutôt trouver un terrain d’entente (compromis) acceptable par tous : par exemple, vous pouvez mettre en place, pour votre équipe, la pratique de l’« itération rapide » laquelle correspond plus au moins à la notion chinoise de « tâter des pierres » ;

–       Vérifier régulièrement la compréhension commune de deux côtés sur le même processus, la même définition, le même mot… Dans un contexte interculturel, l’interprétation simple d’un message, basée sur les sens premiers des mots, peut être dangereuse, il faut veiller à crever l’abcès dès que c’est possible.

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Panorama des InsurTechs en Chine – Parties 3-4 : quels sont les challenges majeurs à l’avenir et comment préparez-vous ?

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Entretien avec CEO du Centre d’Innovation et d’Incubation du Groupe China Pacific Insurance (3ème assureur chinois)

Q : Selon vous, quels sont les challenges majeurs pour les acteurs du secteur de l’assurance en Chine ?

R : Pour moi, le chalenge le plus important ne viendra pas de la technologie mais du business model même de l’assurance actuelle. Selon le loi de Moore, l’évolution de la puissance de calcul des ordinateurs et de la complexité de matériels informatiques devient de plus en plus rapide. Dans ce contexte, le model de l’assurance classique est en face à une mise à niveau majeure même une disruption dans certains domaines. Concrètement, je reprends l’exemple de l’assurance Vie, en Chine, le modèle de base d’aujourd’hui est encore de vendre les produits via les agents, de ce fait, le processus de commercialisation d’un produit est involontairement ou volontairement assez complexe et non standardisé, un entretien en tête à tête avec un agent semblant une étape incontournable. Le problème est que les millénials (nés après les années 85 et natifs de l’internet-mobile) vont devenir rapidement les principaux clients de l’assurance, et pour cette population, la communication avec l’autre passe essentiellement par le monde virtuel du Net et ils n’aiment pas, même peuvent être hostiles, à une communication physique en tête à tête avec un agent traditionnel, considérée obsolète et peu efficace. Donc, les évolutions et les défis dans le développement de l’assurance Vie à long terme sont les vrais enjeux pour nous tous : on peut imaginer une mise à niveau majeure même la subversion du model de distribution actuel, cela veut dire, de la communication physique entre un agent et un prospect à l’interaction entre un prospect et un robot conseiller qui prend en charge de toutes les activités de base (collecte d’informations, proposition de couverture, conseil intelligent…), le vendeur n’assurant que la conclusion du contrat. Même si un vendeur doit communiquer avec un prospect en mode offline, il pourra également être supporté par des outils technologiques comme AR/VR afin de l’aider à aboutir sa vente. Pour aller plus loin, la complexité du produit même peut aussi être mise en cause, pourquoi construire un produit si compliqué ? Y a-t-il un sens ? Hausser les barrières d’entrée ? Rendre la comparaison plus difficile ? Le modèle actuel pourra-t-il tenir encore 5 ans, 10 ans ? 30 ans ? Avec le changement de comportements de potentiels acheteurs d’une part et le progrès et la proposition de nouvelles technologies arrivant à la maturité d’autre part, l’évolution douce ou dure du modèle business de l’assurance Vie est inévitable. Un autre exemple sur l’assurance Santé : à terme, la gestion de la santé, notamment la santé de retraités, l’utilisation de l’IoT (connexion avec les objets embarqués sur le corps d’une personne âgée, par exemple) et l’utilisation de la technologie des gènes seront intégrées complètement dans un système interconnecté, le prix d’une telle assurance ne sera plus calculé comme aujourd’hui par le loi de grands nombres mais « le loi de moyens et petits nombres » grâce à la collection complète des données historiques très précises et personnalisées d’un assuré. Plus précisément, le tarif et la prestation d’un contrat Santé seront calculés sur une base de données personnelles de l’assuré et les prédictions intelligentes (Big Data, IA) : ADN, profession, indices collectées dans l’habitat et sur les objets de mesure embarqués sur le corps de l’assuré… L’un des chalenges à l’avenir est comment vendre un contrat d’assurance Santé en prenant compte le fit entre le contrat, la gestion de la santé et les services de santé à valeur ajoutée. Le dernier exemple est dans le domaine de l’assurance Auto, à propos de la voiture sans conducteur et de l’internet des automobiles : à mon point de vue, l’assurance Auto sans conducteur va devenir purement un contrat avec le constructeur automobile, et sur le marché chinois, ce type de vente a été déjà commencé…Encore une fois, le changement dans toute branche principale de l’assurance sera inévitable avec l’utilisation de plus en plus massive des InsurTech sur toute leur chaîne de valeur : actuariat, conception de produit, model de distribution…

Pour finir, il faut savoir que l’assurance est présente dans presque tous les secteurs d’activités économiques et nous devons nous adapter aux changements technologiques ou autres de tous ces secteurs et constamment. A titre d’exemple, l’évolution du secteur automobile comme voiture sans conducteur nous force à trouver des solutions répondant à ce nouveau besoin. Pour un grand assureur comme nous, notre fixation n’est pas sur notre survie à court terme mais le développement durable de notre business à long terme. Dans le contexte actuel, notre recherche n’est pas focalisée non plus sur les innovations visant à une évolution technique continuelle mais la création de solutions discontinues et disruptives, cela veut dire ouvrir un autre champs de bataille (ou dit Greenfield) sans forcément en rapport avec l’existant. Pour moi, c’est primordial d’avoir cet état d’esprit afin de ne pas être dépassé le moment venu, sachez que, comme j’ai déjà évoqué, un outsider comme pur player technique d’aujourd’hui pourra également devenir notre concurrent de demain.

Q : Tout ce que vous venez de décrire est en effet impressionnant, et cela m’a amené à vous poser la question suivante : Comment structurez, enrichirez et coordonnez-vous au niveau de l’organisation et des ressources humaines afin de répondre à tous les innovations disruptives du métier et à tous les challenges technologiques d’aujourd’hui et de demain ?

R : Chez Groupe China Pacific Insurance, nous avons créé ce centre d’innovation et d’incubation, attaché directement au Comex avec un financement dédié : la structure est entièrement spécialisée dans la recherche de nouvelles idées et solutions pour réussir un développement durable. Les résultats de recherche peuvent être incubés et intégrés par la suite dans le cycle de production du Groupe.

Quant aux ressources humaines Insurtech, du côté technique, il ne manque pas en Chine les spécialistes internet, internet mobile et R&D des systèmes assurantiels même s’il y a toujours de mouvements dans les deux sens avec les grands acteurs de l’internet et de l’internet mobile. Néanmoins, plus on va vers les technologies récentes, plus les ressources deviennent rares : il y avait une période, les compétences Cloud Computing et Big Data ont été très recherchées, mais il y a déjà moins de problème aujourd’hui, en effet, le marché sait s’auto-réguler selon les besoins, et le cycle de formation de nouvelles technologies n’est pas très long pour un ingénieur informatique de base. Par exemple, il y a encore quelques années, la compétence Java a été très recherchée avec une offre de rémunération attractive, aujourd’hui, le spécialiste Java est déjà banalisé, la situation est similaire sur les ressources de Cloud Computing et de Big Data, devenant de moins en moins critiques avec un équilibrage retrouvé entre l’offre et la demande. Actuellement, le marché de l’IA est encore dans sa phase de bulle d’explosion et les spécialistes sont considérés comme ressource rare et recherchée (offre < demande), car dans le passé, la Chine avait très peu de formations spécialisées universitaires sur l’IA, laquelle devenant désormais la discipline de renseignement supérieur à la mode ce dernier temps. Le prix d’un spécialiste IA peut se négocier autour de 500K RMB (salaire de base annuel) et de 10 millions RBM pour le meilleur actuellement. Nous sommes aussi en train de recruter les talents IA dans le monde entier. Les ressources Blockchain sont également très recherchées actuellement sur le marché chinois. Quant à IoT, 5G, AR/VR et technologie génétique, etc., les assureurs sont plutôt utilisateurs de ces offres technologiques et n’ont pas besoin eux-mêmes des compétences au sein de leur entreprise.

Je suis convaincue que le marché est dynamique et toute demande de compétences sur les nouvelles technologies va finir par un équilibrage entre la demande et l’offre avec un peu de décalage, ce phénomène est également valable pour toutes les dernières technologies à venir comme Informatique quantique, jumeau numérique, etc.

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Panorama des InsurTechs en Chine – Partie 2 : Qui sont les principaux acteurs InsurTech sur le marché chinois ?

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Entretien avec CEO du Centre d’Innovation et d’Incubation du Groupe China Pacific Insurance (3ème assureur chinois)

Cela dépend de la période. Au tout début, on parlait plutôt de l’internet via assurance, c’est à dire l’utilisation de produits de l’assurance comme un des sujets pour développer la technologie de l’internet, et puis on commençait à parler davantage de l’assurance via internet… Aujourd’hui, la notion de l’assurance via internet devient à son tour une perception un peu étroite et on arrive enfin à la stade de l’InsurTech dont le périmètre devient de plus en plus large et l’internet est considérée comme seulement une partie.

Le secteur de la Finance, y compris l’assurance, embrasse la technologie dans toutes ses dimensions, cela est une très bonne chose. A l’avenir, je suis convaincue que les technologies seront partout dans toutes les activités humaines et notamment dans toutes les parties de la chaîne de valeur de l’assurance.

En Chine, nous n’avons pas une distinction précise sur qui sont et qui ne sont pas une société InsurTech et leur classement. Des grands aux petits acteurs, tous investissent et utilisent les insurTechs, une tendance incontournable dans leurs activités business.

Par contre, je peux vous présenter les catégories des entreprises qui participent activement cette évolution dans le secteur : tout d’abord, les assureurs classiques opérant un virage vers les technologies. Les plus grands, comme nous, ont créé leur propre filiale technologique ou équipe interne dédiée au développement de l’InsurTech, certains mettent en marché même leurs propres solutions. Les plus petits, peu de moyens internes, cherchent plutôt les fournisseurs externes et concluent parfois leurs contrats d’utilisation de solutions techniques avec les grands assureurs. Le 2ème type d’entreprises, ce sont les acteurs de 1ère classe dans le secteur de l’internet (e-commerce, etc.), par exemple BAT et JTM (JD.COM, Toutiao, Meituan), car ils ont leur équipe technique très puissante, notamment pour les technologies Cloud Computing, Big Data et IA (il est impossible de devenir un grand si l’entreprise n’est pas forte sur ces technologies), en ajoutant leur volume gigantesque de données sur les prospects et clients. Leur manière d’entrer dans le secteur de l’assurance est de faire une JV avec un assureur (par exemple ZhongAn) ou de créer une société de l’agent d’assurance en intégrant certains produits d’assurance dans leur propre scénarios d’utilisation, ou encore de vendre les solutions techniques aux assureurs en tant que prestataire technique (par exemple la solution d’évaluation intelligente de la perte d’Ant Financial). La 3ème catégorie est les grands acteurs de 1ère classe nationaux ou internationaux ITC comme MS, IBM : en effet, les assurances représentent déjà une grande partie de leur clientèle actuelle, par conséquent, le développement technologique dans le secteur devient naturellement leurs points d’attention et d’investissement R&D majeurs afin de pouvoir proposer à leur clientèle assurantielle des solutions techniques supportant même guidant l’évolution InsurTech de ces derniers. 4ème types des entreprises, ce sont les start-Ups ou petites et moyennes entreprises InsurTech très spécialisées, qui peuvent parfois devenir rapidement une licorne (spécialistes de la reconnaissance faciale, de blockchain, etc.).

Au niveau de l’acheteur de solutions InsurTech, on peut trouver plus généralement des assureurs, mais également des sociétés de l’agent, courtiers, etc.

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