Archives de catégorie : 2016

Quelles sont les difficultés rencontrées par les investisseurs chinois en France (suite)?

Maintenant on parle de quelques difficultés rencontrées par un investisseur chinois en France, liées cette fois plutôt aux caractères particuliers des entreprises françaises :

1) Compréhension limitée du marché chinois : certaines PME françaises veulent profiter du marché chinois mais sans jamais aller sur place ou faire une étude de marché fiable, leur lecture de la Chine est basée sur les reportages et les articles des médias traditionnels français, assez généraliste et peu de substance pour leur secteur. Elles ne demandent pas non plus l’avis des spécialistes par un sentiment de suffisance ou par manque de moyens financiers, la conséquence est que ces entreprises finissent par former une vision erronée sur la situation réelle de l’investissement chinois et ratent ainsi leurs investisseurs pertinents;

2) Excès de fierté et de confiance : avoir la confiance sur la supériorité de ses produits et ses technologies, c’est très bien, mais delà à avoir une attitude arrogante dans les échanges avec son potentiel investisseur, en pensant que « le bon vin n’a pas besoin de brousse » ou que je suis le plus brillant de la planète, va créer des problèmes de communication. En fait, les investisseurs chinois sont aujourd’hui sollicités par nombreux projets de grande qualité venus du monde entier (je connais un investisseur dans le secteur de la Santé qui a reçu en 2015 centaines sollicitations de fonds : la plus part des projets soumis sont internationaux et ayant une technologie avancée ou innovante, son PDG était constamment en déplacement entre la Chine, les États-Unis, l’Europe et l’Israël), le taux élevé de sollicitation les rend ainsi exigeants et parfois difficiles. Si une entreprise française persiste sur son style de diva, elle dissuadera un bon investisseur chinois à poursuivre son projet;

3) Trop d’insistance sur le rigueur professionnel et le rationalisme : l’esprit cartésien à son extrême entraîne parfois le malentendu même la malaise de l’équipe chinoise : en raison de la différence environnementale et culturelle, ajoutant la manque d’expériences M&A internationales, les entreprises chinoises ont la tendance de croire plutôt leur intuition et leurs observations concrètes du terrain au lieu de se conformer aux méthodes abstraites et à la procédure, elles ne sont pas très alaises non plus avec le style de négociation occidentale, à savoir que l’on imagine, dès le début d’une collaboration, une série de situations difficiles et probables, signe rapidement par la suite les dispositions légales correspondantes pour se protéger de tout cela. Tout au long de la mise en place de son projet, un investisseur chinois adopte volontiers une façon de faire très différente de la notre, décrite si bien par un proverbe chinois « On traverse la rivière en tâtant les pierres » : pour un chinois, l’essentiel est d’être capable d’ajuster continuellement et rapidement ses actions en fonction de la réalité du moment;

4) Refus du rendement à très court terme, souvent considéré comme l’un des objectifs importants par un investisseur chinois : certaines entreprises françaises espèrent renforcer le positionnement de leur marque et étendre leur marché vers la Chine grâce à un financement chinois, elles ne cherchent pas forcément les bénéfices immédiates, même se méfient de ceux qui veulent un rendement rapide par peur de faire venir des opportunistes qui entrent au capital seulement pour encaisser très vite le profit et partiront aussi tôt au détriment des intérêts à long terme de l’entreprise: ce décalage de pensée pointe en effet l’une des différences importantes entre les deux cultures d’affaires, et les nombreuses entreprises françaises ont encore du mal à apprécier le ROI rapidement voulu par leur potentiel actionnaire chinois;

5) Méfiance de cadres supérieurs par rapport aux intentions de l’investisseur chinois : la Direction d’une entreprise française peut avoir la crainte qu’une fois l’investisseur chinois est devenu l’actionnaire majoritaire, il volera les technologies et chassera l’équipe dirigeante actuelle. Avec cette idée consciemment ou inconsciemment en tête, le patron exécutif peut parfois faire obstacle dans le processus de négociation avec la partie chinoise;

6) Communication et fonctionnement inadaptés : par exemple, lors d’une réunion avec les Chinois, un participant français tente habituellement à contrôler l’ensemble de la situation et se comporte assez offensif, il n’hésite pas à entrer dans un débat tac au tac et même émettre ouvertement l’avis négatif à propos d’une idée exprimée par la partie chinoise, tout cela peut embarrasser les participants chinois car dans leur culture, c’est primordial de faire en sorte que son interlocuteur ne perd pas la face devant un groupe, surtout si le grade du concerné est plus élevé. On a aussi évoqué précédemment que la façon de faire d’un chinois peut paraître sans logique et sans ordre aux yeux d’un français, réputé pour aimer à maitriser la situation, et le rend inconfortable.

Vous pouvez me contacter pour continuer notre échange si ce sujet est au coeur de vos préoccupations et vous souhaitez savoir plus sur ce thème.  

Consulter l’article depuis LinkedIn

Quelles sont les difficultés rencontrées par les investisseurs chinois en France ?

En fait, à part quelques grands groupes habitués aux transitions Fusac à l’étranger et disposant des ressources internationales, le taux de réussite des investisseurs chinois en France est encore assez bas. Avec mes propres expériences dans ce domaine, j’ai observé quelques principales raisons du côtés des acteurs chinois (pour les acteurs français, ce sera un autre sujet) :

1/ Connaissance limitée de l’environnement et de la procédure d’investissement en France sans aide locale appropriée : certains maîtrisent mal les étapes clés,  leur ordre dans le processus, les documents nécessaires à produire pour clôturer chaque phase et le timing, surtout quand il y a une bonne affaire (par exemple, investir dans une entreprise saine mais dans une période de redressement judiciaire à cause de liquidité) ou une ressource rare à saisir, où le potentiel acheteur doit maîtriser bien la vitesse de la réaction du marché, la procédure et l’agenda juridiques en cours afin de saisir sa chance à temps, mais souvent un décideur chinois connait mal tout cela et prend sa décision trop tardivement;

2/ Manque d’expertise technique sur les opérations capitalistiques internationales et instabilité au niveau de suivi : on trouve régulièrement des entreprises primo-investisseurs ou des fonds d’investissement récemment créés voulant profiter de cette mode d’investissement en Europe, qui prennent déjà un temps non-négligeable pour traduire la documentation de base souvent écrite en anglais (y compris les documents juridiques) et cherchent à comprendre et valider le contenu, par conséquent, ce temps perdu ajoutant l’hésitation même une certaine peur légitime du débutant, fait perdre de bonnes opportunités. Par ailleurs, le fait d’avoir un engouement sur l’investissement à l’international mais encore trop peu de ressources expert sur le marché chinois, l’homme ou l’équipe clé d’un projet d’investissement en cours peut être chassé et partir, à tout moment, chez un concurrent;

3/ Les procédures gouvernementales chinoises pour l’approbation et le contrôle de flux financiers vers l’étranger ne sont pas encore standardisés et stabilisés : les entreprises chinoises n’ont pas forcément une grande visibilité sur leur planning d’investissement, cela est dû au fait que la réglementation en la matière est régulièrement enrichie et ajustée (un de mes clients a dû subir un double passage dans la procédure d’approbation pour son virement vers la France à cause du mouvement de la lutte contre la corruption);

4/ Certains investisseurs chinois pensent qu’il suffit d’avoir de l’argent pour que tout soit réglé facilement, ils tentent de garder leurs pratiques habituelles dans l’environnement des affaires français (chiffres peu précis, changement de dernière minute, volonté de contourner et raccourcir la procédure, présentation floue, opaque et non centrée sur l’essentiel, etc.), cela aboutit finalement à un échec pour des raisons techniques ou culturelles;

5/  Peu de rigueur dans le choix de l’intermédiaire : l’intermédiaire en investissement, surtout celui qui est capable d’opérer des transactions financières (par exemple, banque d’investissement), est un métier très professionnel et hautement qualifié, il a besoin d’un numéro d’agrément délivré par ORIAS pour exécrer sa fonction. Confier ce rôle au « cousin du beau frère d’un ami », quelqu’un de ses propres réseaux, c’est peut-être plus rassurant aux yeux d’un chinois et aussi une manière de renvoyer l’ascenseur, mais si la personne en question n’est pas un vrai pro, même avec toute bonne volonté, elle ne sera pas efficace, pire encore, elle peut entreprendre des actes hors de loi sans savoir;

6/ L’attitude de « traverser la rivière en tâtant les pierres » et d’ « apprendre à nager en nageant », sans but précis à court terme :  il existe ces entreprises qui cherchent simplement connaître le marché et collecter des informations utiles pour préparer un objectif plus long terme (c’est un peu comme sur le marché immobilier, on peut rencontrer ce type de personne aimant visiter les appartements en vente sans jamais faire un achat réel). Peu d’entre eux profitent aussi des pratiques usuelles dans le métier (par exemple, l’intermédiaire ne touche sa rémunération que si la transaction est réalisée) pour obtenir d’informations et de services gratuits sans pour autant donner la suite.

Vous pouvez me contacter pour continuer notre échange si ce sujet est au coeur de vos préoccupations et vous souhaitez savoir plus sur ce thème.

Consulter l’article en ligne depuis LinkedIn